7 février 2025
Après un cancer, l’envie de reprendre le travail est souvent forte. Ce retour ne s’improvise pas. Sa réussite dépend notamment de la préparation par l’organisation et par la personne qui reprend l’activité professionnelle. Un vrai travail collectif !
En Belgique, on recense en 2022 plus de 76.000 nouveaux cas de cancer, selon les chiffres du Registre du cancer. Près de 65% de ces cas surviennent chez des personnes âgées de plus de 65 ans. Cela signifie que 35% des cas concernent des enfants ou des personnes actives. Le cancer est la troisième cause d’absence de longue durée au travail, après les troubles mentaux et physiques. Grâce aux avancées médicales, de plus en plus de patients reprennent leur activité professionnelle après le traitement.
Chaque organisation est un jour ou l’autre concernée par l’accompagnement d’un collaborateur de retour au travail après un cancer. Savoir comment réagir et accompagner au mieux les personnes concernées n’est pas chose aisée.
Selon le Patient Expert Center, le retour au travail est important pour plusieurs raisons :
Andréa Cornez, coach et trainer-coach de la băo academy a personnellement vécu le retour au travail après un cancer : « C’est souvent le souhait d’être comme avant qui représente une difficulté. Le malade ne revient pas forcément avec les mêmes capacités. Il a développé de nouvelles compétences, liées à son expérience de la maladie. Les valeurs, les priorités, le sens du travail : tout a été impacté. C’est important en tant qu’employeur de conscientiser cet impact sur le collaborateur. »
De retour au travail, Andréa Cornez a été confrontée à plusieurs difficultés : « J’ai sous-estimé les effets secondaires de mes traitements, j’ai donc recommencé trop vite et trop fort. Ensuite, lorsque je suis revenue, il y a eu un manque de clarté sur mon rôle et celui de la personne qui m’avait remplacé. Ce fut générateur de beaucoup de tensions qui auraient pu être évitées grâce à une meilleure préparation. »
Parmi les personnes désireuses de reprendre le travail, Andréa Cornez constate un enthousiasme tempéré par des doutes récurrents : « Les personnes accompagnées parlent de la crainte de ne pas y arriver, car elles perdent confiance en elles-mêmes et en leurs compétences. Il y a aussi la peur d’affronter le regard et les commentaires des collègues. Il y a tout un questionnement sur quoi dire et comment parler de la maladie. Enfin, parfois, entre le moment où la personne est tombée malade et son retour, un espace-temps très long s’est passé. La personne qui revient se retrouve face à des changements importants. Imaginez une personne tombée malade avant le covid et qui reprend le travail aujourd’hui… »
Lors de la reprise du travail, se faire aider par une personnelle professionnelle externe (onco-coach) peut faire une différence : « Cela permet de faire le point pour bien préparer le retour et s’assurer qu’on a bien évalué tous les éléments : capacité, état mental, état physique, priorités, sens, etc. » explique Andréa Cornez. « Le coaching permet de se raccrocher à petits pas de son objectif, de voir que l’on avance. Cela permet de se rendre compte que demain, dans 2 mois, dans 6 mois, je serai en capacité de faire plus de choses. »
Plus le processus est préparé en amont et de manière collective, au plus il a de chance de réussir. Le travailleur qui revient ne porte pas seul la préparation de sa reprise. Employeur, RH, manager, collègues… Tout le monde a un rôle à jouer. Même si chaque cas est unique, l’employeur peut bénéficier d’une formation pour aider à gérer la reprise au travail de collaborateurs.
« Le plus important c’est la communication et l’écoute. » Il y a bien entendu les étapes balisées par le parcours de réintégration, mais il y a aussi tout ce que l’entreprise peut mettre en place en parallèle pour faciliter le processus. Pour Andréa Cornez, « la préparation de la réintégration se fait dès l’annonce de la maladie et pendant l’absence. Si le collaborateur se sent accueilli et soutenu, cela change beaucoup de choses. »
Les rencontres préparatoires au sein de l’entreprise permettent de fixer des accords clairs pour ne pas créer de tensions au retour. Il est essentiel que ces accords soient communiqués à l’équipe aussi, afin qu’elle ne place pas des attentes démesurées dans le travailleur qui revient. Tout cela évite les quiproquos et facilite le travail de tous.
« Ce qui est important, ce n’est pas seulement de préparer et d’accueillir le jour J, mais c’est aussi tout le suivi mis en place par la suite. Rémission n’est pas guérison, c’est une nuance importante à comprendre dans le cas du cancer. »
En tant que collègue, comment aider ? Comment se comporter face à une personne qui reprend le travail ?
Andréa partage plusieurs conseils :
« Tout va bien maintenant ? »
Cela peut être plus complexe, être en rémission ce n’est pas une guérison.
« Raconte-moi tout ce que tu as vécu. »
Laissez la personne décider d’en parler ou non.
« Ça a dû être terrible… »
Laissez la personne décider du ton et des détails de son récit.
« Je sais ce que tu ressens » ou « Ma tante a eu la même chose. »
Bien que l’intention soit bonne, chaque cancer est unique et chacun le vit différemment.
Pour Evelyne Kerger, Directrice générale chez Cohezio, service externe de prévention et de protection au travail, « le médecin du travail est un allié important dans le processus, tant pour le collaborateur que pour l’employeur ».
Les personnes en incapacité de travail de longue durée ou leur employeur peuvent demander deux types d’examen auprès du médecin du travail : un trajet de réintégration ou un examen médical, afin de statuer sur une éventuelle inaptitude définitive au travail.
Le travailleur a aussi la possibilité de demander, sur base volontaire, un examen de pré-reprise auprès du médecin du travail. Cette démarche, moins formelle que le trajet de réintégration, vise la possibilité de reprendre le travail avec, si nécessaire, une adaptation du poste de travail, de l’horaire, ou d’autres recommandations spécifiques.
Dans certaines grandes organisations, des postes sont réservés aux personnes ayant besoin d’un aménagement spécifique pour continuer à travailler. Ce processus de reclassement est réalisé de manière régulière, en présence du médecin du travail qui lui seul connaît les pathologies des personnes concernées.
Êtes-vous à la tête d’une équipe ou êtes-vous responsable des ressources humaines ? Vous êtes directement concerné par le cancer d’un de vos collaborateurs ou vous souhaitez anticiper ce type de situation ? Dans ce cas, n’hésitez pas à consulter notre formation « Retour au travail après un cancer ».